Dans l’Ancien Testament
Essayons de voir d’où viennent ces mots avant que Paul les utilise dans sa lettre aux Corinthiens. Paul était un Juif pratiquant, donc que savait-il de ces mots dans l’Écriture sainte qu’il connaissait, l’Ancien Testament ?
La foi se dit emuna en Hébreu (אמונה). C’est un mot qui vient de la racine aman qui veut dire solide ou fiable. De par son origine, le mot emuna parle de quelque chose de solide, de concret. Ce mot englobe les significations suivantes : confiance, stabilité, fidélité et fiabilité.
Pour les humains qui ont confiance en Dieu, cela veut dire, comme pour Abraham et d’autres figures bibliques : marcher, attendre patiemment et obéir à Dieu.
Mais la fidélité peut aussi parler de Dieu : Il est fidèle, digne de confiance.
Ps 33, 4 : « Car la Parole du Seigneur est droite, et toute son œuvre est sûre. » Ce qui est traduit ici par « toute son œuvre est sûre » est en Hébreu « toutes ses actions sont en confiance/fidélité ».
Quand on dit le mot foi en français aujourd’hui, on pense à quelque chose d’abstrait, peut-être aussi d’inatteignable. Mais en Hébreu le mot a une résonance très concrète et réelle.
Sur le mot « Fidèle » : https://youtu.be/xqUPT7BoX-w?si=6NhxsC2eX0S4Ixkv
L’espérance est le mot tikva en Hébreu (תקוה). La racine de ce mot vient d’une corde ou de quelque chose auquel on s’attache. L’année passée, nous avons lu le texte de Rahab, femme vivant à Jéricho, qui cache deux espions Hébreux dans sa maison. Lorsqu’ils quittent sa maison, ils lui disent d’accrocher à sa fenêtre un « cordon de fil écarlate » (Josué 2, 18) pour que sa maison et les gens qui y habitent soient sauvés au moment de la prise de la ville. Ce « cordon » est le mot tikva qui veut dire espérance. Rahab met son espérance de survie dans ces deux hommes et cela est symbolisé par le cordon écarlate.
Sur le mot : Yakhal/Espérance : https://youtu.be/ILFWnQ3izNw?si=R6okoSTIJPrju0b-
L’amour se dit en Hébreuahava (אהבה). C’est un terme qui peut être utilisé entre humains et entre humains et Dieu. C’est le mot utilisé dans le verset deDeutéronome 6, 5 « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de tout ton être et de toute ta force. »L’amour en hébreu implique la fidélité, l’obéissance et l’alliance.
Il existe un autre mot pour amour : hesed (חסד) avec une signification de fidélité aimante. C’est une notion d’amour fidèle, de bonté, de miséricorde et de loyauté d’alliance. Ce mot décrit l’amour fidèle de Dieu envers son peuple. Psaume 136 « Car sa fidélité (hesed) est pour toujours ».
Sur le mot « Ahavah/Aimer » : https://youtu.be/nJ-9YpX7IRs?si=DORpFpwWHkXcLFUd
Sur l’expression « Amour Loyal » : https://youtu.be/4U-KtmcHrGI?si=3U3-FjyIyaFTZMWn
Ces trois notions s’articulent autour de la relation avec Dieu. La foi ou la fidélité est la base de la relation de l’humain à Dieu et de Dieu à l’humain. Elle est littéralement le socle de la relation. L’espérance permet à l’humain d’attendre patiemment (ou moins patiemment) l’accomplissement des promesses de Dieu. Mais l’espérance est aussi en Dieu qui attend que l’on revienne encore et encore à lui (voir toutes les histoires bibliques où le peuple des Hébreux revient à Dieu, ou un fils revient à son père). L’amour est ce qui maintient le tout. Le lien entre les humains et le lien entre Dieu et les humains. L’amour est à la fois le départ de tout et l’aboutissement de tout.
Pour les premiers Chrétiens
En plus d’être un Juif érudit, Paul a vécu une rencontre avec le Christ ressuscité. Il a donc la conviction que Jésus est le Messie et que sa mort et sa résurrection ont inauguré la nouvelle création. Pour lui, la foi, l’espérance et l’amour deviennent des signes de l’existence chrétienne.
La foi devient la confiance solide dans Jésus le Christ crucifié et ressuscité.
L’espérance se tourne dorénavant vers le retour du Christ et la résurrection.
Et l’amour prend comme modèle l’amour du Christ.
Ces trois vertus prennent un nouveau sens dans l’événement historique de la mort et de la résurrection de Jésus.
Mais Paul va plus loin grâce à la culture grecque et ajoute à nos trois vertus le concept de la transformation morale.
Dans le contexte grec : les vertus et la transformation morale
Paul vit dans le monde grec et il rencontre des communautés qui elles aussi y vivent. La philosophie grecque est saturée de différents courants qui parlent des vertus comme la sagesse, le courage, la tempérance et la justice. Ces vertus sont des manières pour les hommes d’exceller et on les atteint par la discipline et la raison.
Paul reprend l’idée de l’excellence des vertus, mais il change les vertus grecques pour mettre en avant la foi, l’espérance et l’amour. Et surtout, il dit que ces vertus sont des réponses à l’action de Dieu qui n’émanent pas seulement de l’effort humain mais naissent de la grâce et de l’Esprit. On passe ici de vertus éthiques à des vertus “théologales”.
Il introduit aussi l’idée que, par l’action de l’Esprit, ces trois vertus nous amènent à une transformation morale.
Pourquoi Paul choisit-il ces trois vertus ? Certainement à cause de son ancrage dans le Judaïsme. Mais aussi parce que ces trois vertus englobent tous les aspects de l’existence humaine face à Dieu.
Pourquoi l’amour est le plus grand ? D’une certaine manière, c’est le fondement de la relation aux autres et c’est ce qui, de manière puissante, maintient le lien entre les humains et les humains et Dieu. C’est un concept que Paul tire directement de son héritage Juif et des Écritures.
« Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand.” 1 Corinthiens 13, 13
Paul réunit donc trois mondes : le Judaïsme, l’expérience chrétienne primitive et la culture philosophique gréco-romaine. Du Judaïsme, il reprend les concepts de foi, espérance et amour dans le contexte de l’alliance. De son expérience du Christ vivant, il se trouve centré sur la croix, la résurrection et l’Esprit. Du monde grec, il utilise le langage des vertus et la réflexion sur la transformation morale. Tout cela mis ensemble nous donne le texte incroyable de 1 Corinthiens 13 et l’articulation des trois vertus : foi, espérance et amour.
Laure Jubran-Cadoux