Pour préciser le contexte de mes propos :
«Boomer»1, je fais partie d’un vieux couple pastoral, plus qu’octogénaire.
Mes parents se sont mariés à Genève en 1942, ma mère était assistante sociale et mon père soldat néerlandais en route pour Londres.2 La famille était imprégnée des traditions et des habitudes sociales de l’époque.
Ma scolarité et mes relations personnelles datent donc «d’une autre époque».
L’enseignement n’était pas mixte. Je participais aux activités paroissiales (pas trop) et mes jours sans école se passaient dans le quartier de mes cousins, avec le patin à roulette et la trottinette sur les trottoirs, et le ballon prisonnier avec les «gosses du quartier», garçons et filles, qui se regardaient en rêvant de leurs avenirs communs ou pas.
Vers 16 ans, après «la confirmation»,3 j’ai rejoins un groupe de l’Église Protestante genevoise, inspiré par les aumôneries lycéennes parisiennes. Il regroupait jeunes gens et jeunes filles des collèges4, entre 16 et 19 ans. Nous participions à des camps de ski mixtes, et à des Week-ends, pendant les vacances scolaires.
Ces jeunes ont aussi formé dès l970, les cadres des paroisses. Ils se sont retrouvés au Consistoire et dans les facultés de théologie. Certains sont devenus pasteurs ou professeurs. Rappelez-vous qu’à l’époque, les seuls lieux de rencontres des jeunes gens étaient les jeunesse paroissiales.
Le film «la Boum» évoque assez bien, à Genève en plus prude, les soirées du samedi de cette «jeunesse» restée relativement «prudente» dans son approche de la sexualité par exemple. Le sexe avant le mariage, n’était pas interdit, simplement cela ne se faisait pas (ouvertement) on est «protestant» même catholiques à Genève. !
Notre éducation modèle nos comportements tout au long de notre vie. Nos relations et nos interactions sociales en sont toujours marquées.
Notre jeunesse n’a donc pas connu la contraception, ni le sida et nos amours adolescents étaient plus romantiques qu’exotiques… sauf peut être en vacance sur les plages, en attendant que «Capri soit fini».
Le changement comportemental et social est intervenu autour de «mai 68» pour les jeunes entre 18 et 25 ans. Ils et elles ont mis en question toutes les traditions et les «us et coutumes» de la société, dans les universités et dans le monde du travail. Les modèles viennent du cinéma, avec la Nouvelle Vague, et la diffusion des magazines qui racontent la vie des «peoples» et des sportifs, qui s’affranchissent des conventions familiales et sociales.
Le changement de partenaire est plus facile avec l’évolution du droit au divorce.
L’amour, l’amour… 0ui, mais comment en parler entre générations ?
Mon expérience pastorale n’est plus suffisante pour expliquer la vie affective et les relations sociales de nos enfants et de nos petits enfants.5
A l’école primaire aujourd’hui, les enfants se définissent déjà «en couple» et se séparent avec déchirement. Leur expliquer «agapè» n’a aucun écho : ils s’aiment simplement au gré des récréations et des anniversaires. Avec leurs parents (ou pas), ils suivent les séries romantiques à la TV, les «feux de l’amour» ou éventuellement avec les plus nostalgiques, «Sissi» ou des westerns glorifiant les hommes forts et les femmes passionnées.
L’amour version «Philia» peut être une étape d’apprentissage pour tester les résistances et les habitudes (en voyage, par exemple). Le partage des tâches, les relations avec les amis de «l’autre» .
L’évolution des mentalités au 21e siècle met en évidence qu’«Eros» et ses déclinaisons sont plus présents dans les émotions vécues. Ils encouragent des rapprochements affectifs dès le début de l’adolescence. Avant qu’elle soit finie, la plupart ont déjà vécu de «grands amours» et de tragiques séparations.
Les parents se recomposent des familles. Ils s’organisant (ou pas) pour garder des liens qui ne sont plus indéfectibles, contrairement aux engagements des cérémonies de mariages. Le plus souvent, on fait des essais de couples, avant de se décider à choisir un.e conjoint.e pour continuer la route, a tous les âges, vers l’EMS dans le meilleur des cas.
La sexualité est devenue le but ultime du bonheur et la raison des nouvelles relations et des séparations. Les revues illustrées et les médias sociaux encouragent toutes sortes de pratiques pour en profiter pleinement. Les sexologues ont tous des solutions miracles, surtout pour gagner leur vie.6
Avec le temps, Eros a aussi ses limites naturelles : Ce ne sera pas la pharmacie qui permettra de surmonter une faiblesse avec laquelle il faut apprendre à vivre.
Dans cet environnement, l’«Agapé» trouve une place alternative bienvenue.
L’Amour «Storgê» s’inscrit dans le milieu familial à long terme : Il n’est plus mis en question. Il se vit dans une cohabitation bienveillante et rassurante, de complicité et de partage des projets : Il supporte les décisions inéluctables pour abandonner une activité pour question d’âge, ou prendre ensemble une autre direction dans un avenir commun. Chacun a ses manies, qu’il faut naturellement corriger, pour soulager le souci de «l’autre». Ce n’est pas évident et cela peut être agaçant à la longue, mais les vieux couples ont l’habitude, et «on fait avec».
Les Grands Parents sont surpris, et s’ils pratiquent un amour bienveillant, ils apprennent à accueillir les comportements de leurs petits enfants, même s’ils ne comprennent pas toujours ceux de leurs propres enfants.
Conclusions :
Il n’y a pas d’âge pour aimer, toutes acceptions confondues, laissons les sentiments prendre leurs places, en sachant que si cela nous fait du bien, il ne faut pas que cela porte atteinte à l’environnement de ceux avec qui nous sommes en «relation longue», donc prudence et respect s’imposent.
Bernard van Baalen
Équipe théologique pour le CBOV 2026, Bernard van Balen, le 18 février 2026.
1 Nés entre 1940 et l960.
2 Ma mère est décédée quand j’avais 3 ans et j’ai été «élevé» par ma Grand-Mère, née en 1896…
Mon père s’est remarié et a vécu aux Pays Bas et en Afrique sans contact éducatif avec moi.
3 Après la confirmation, nous avions le droit de prendre des cours de danses, aujourd’hui dites «de salon»…
4 Il n’y avait que deux collèges non mixtes qui conduisaient à la maturité à Genève : Calvin et Voltaire.
5 Les sociologues et les psychologues ont publié suffisamment d’études sur le sujet !
6 Si le sujet de 1 Cor.13 est vraiment « théologique » pas de problème, mais «les influenceurs cymbales qui retentissent» avec l’amour version magazines people, je reste perplexe.