1. Avant propos :
La «Pouissance du Saint Esprit» (avec l’accent) souvent évoquée par nos coreligionnaires évangéliques m’a toujours effrayé dans sa capacité de légitimer toutes les dérives spirituelles et affectives.
C’est une des raisons qui m’avaient fait douter de l’opportunité de travailler sur l’Épître aux Galates pour le CBOV 2024. Et puis en en parlant avec Line, qui a fait son mémoire de licence sur le sujet, elle m’a remis en mémoire le texte de Genèse 1:2
«La terre était déserte et vide, les ténèbres couvraient la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux» (Trad Synodale).
G.von Rad traduit «Une tempête de Dieu agitait la surface de l’eau».
Tob : 2 La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme ;
le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, …
En hébreu,1 ruah signifie « vent », « souffle » ou « esprit ». Le mot grec correspondant est pneuma. Ces deux mots sont couramment utilisés dans les passages faisant référence au Saint-Esprit. La première utilisation du mot dans la Bible apparaît dans le deuxième verset : « L’Esprit de Dieu [Ruach Élohim] planait sur les eaux » (Genèse 1 :2). Dans Genèse 6 :17, ruah est traduit par « souffle de vie ». Genèse 8:1 utilise ruah pour décrire le « vent » que Dieu a envoyé sur la terre pour faire reculer les eaux du déluge. Au total, le mot ruah se retrouve près de 400 fois dans l’Ancien Testament.
2 Alors, que choisir ?
Esprit de Dieu, Tempête de Dieu, Le souffle de Dieu ?
Il faut faire preuve d’inspiration pour s’y retrouver, quand l’Esprit, comme une colombe, tombe du ciel au moment du baptême de Jésus par le Baptiste….
Ou comme preuve de la présence divine :.un souffle ténu dans la grotte d’Élie à l’Horeb.
De toute évidence, l’Esprit, quel que soit sa définition est insaisissable sauf éventuellement par un anémomètre, une girouette ou une éolienne. Le vent souffle où il veut, chanson bien connue. Mais est-ce que ce n’est «que du vent» ?…
ou «comme un souffle fragile» qui suscite «la Parole» …
Au niveau des connaissances scientifiques de l’époque, L’Esprit n’a pas de réalité matérielle : Son effet se constate sur ceux qui en sont témoins ou bénéficiaires.
3 Quelques rubriques à éclairer.
La pneumatologie : est à l’esprit ce que Dieu est à la théologie.
Un sujet inépuisable chez les chrétiens de toutes les époques.
– La pneumologie est la spécialité médicale du système respiratoire.
Mais «le souffle de Dieu» a été nécessaire pour donner vie à la créature humaine…
– Les religions «pneumatiques» sont celles qui recourent à la spiritualité.
Le chamanisme, les religions des «peuples amérindiens» etc.
– Ne pas confondre avec les «pneumatiques» qui équipent les trots, les vélos et les voitures.
4 Comparaison n’est pas raison :
Les découvertes des énergies physiques en usage au 21e siècle peuvent nous «éclairer» sur une interprétation du (St)Esprit cohérente avec notre expérience quotidienne, et peu mystique… quoi que.
Prenons la lumière comme source d’énergie : Solaire, bien connue.
La lumière se comporte comme les ondes électromagnétiques et voyagent dans l’espace à une certaine vitesse que les physiciens considèrent comme la vitesse ultime possible.
Mais en même temps elle se comporte comme un flux d’électrons qu’il est possible de canaliser (le Laser) ou de faire circuler dans un métal comme le cuivre le plus couramment (sic) utilisé.
Il est possible d’évaluer la puissance ou l’intensité de cette énergie, de la canaliser, de la moduler, de la diffracter, de l’orienter physiquement, bien qu’elle soit toujours insaisissable : On ne ramasse pas les électrons qui s’échappent de votre téléphone.
Pourtant, sans ces électrons votre téléphone est muet.
Dans notre texte des Galates l’Esprit (saint) «performe» selon le programme mis en œuvre par les paroles de Jésus de Nazareth et transmis par Paul de Tarse depuis qu’il en a éprouvé les effets sur la route de Damas.
5 Alors c’est quoi ?
L’Esprit (Saint) n’est donc pas «une bonne idée de management personnel» mais une source d’énergie qui entraîne des décisions comportementales conformes à son origine «divine» dans le meilleurs des cas.
Si l’origine est dégradée ou corrompue cela entraîne des comportements pour le moins (pour les chrétiens) contre-productifs, voir mortels.
– «Je suis» (=Le nom de Dieu) «la lumière du monde» l’énergie vitale.
– «Je suis» (Le divin) au milieu de vous.
Cette particule élémentaire est insaisissable. Il est actuellement impossible de la situer. Elle met en mouvement l’instinct de survie de toutes les espèces vivantes et leur permet de se reproduire et de se diversifier au gré des nécessités contextuelles.
Vous êtes «poussés par l’Esprit (Saint)» quand vous ne pouvez pas décider autrement le cours de votre vie, comme un «impératif catégorique» dont vous vous doutez de l’origine et dont vous ignorez où il vous conduira…
6. Mais encore :
Le souffle (pneuma) divin est «insufflé» dans la «terre» (Adama) à la création de l’HOMME.
S’ensuit un lien étroit avec la notion d’Esprit (encore une fois «qui souffle où il veut»), ce qui induit toute une réflexion dans le judaïsme qui exulte aux controverses irréductibles.
Dans la kabbale hébraïque2, cinq niveaux de l’âme sont définis, depuis la plus basse jusqu’à la plus élevée (La doctrine kabbalistique de l’âme, structurée en cinq niveaux, est attribuée à Isaac Louria (1534-1572), dans son ouvrage le plus célèbre, le Sefer Et’s hayim (livre de l’arbre de la vie)) :
Nefesh נֶפֶשׁ
C’est l’âme animale commune à tous les êtres doués de sensibilité et ce qui reste après sa mort.
Pour Platon, c’est la Soma : âme physiologique.
Dans la Kabbale, c’est l’âme animale siège des fonctions physiologiques (respiration, circulation, digestion, excrétion, reproduction).
Pour le Zohar, c’est l’âme vitale : végétative (manger, boire, procréer) et sensitive (sentir, désirer). C’est aussi la volonté.
Roua’h רוּחַ
C’est l’air, le vent, l’esprit vital qui ne périt pas avec la mort et retourne vers Dieu qui l’a donné. Il désigne aussi l’inspiration d’intelligence divine qui émane de Dieu.
Pour Platon, c’est la Psyché : âme émotionnelle.
Pour la Kabbale, c’est l’âme émotionnelle, siège des sentiments (amour, haine, joie, colère, envie).
Pour le Zohar, c’est l’âme rationnelle apte à devenir intellect en acte.
C’est aussi, l’intention ou le dessein.
Neshamah נְשָׁמָה
C’est le souffle de Dieu, le souffle de vie que Dieu a inspiré dans l’homme, l’élément divin que l’homme porte en lui-même, l’esprit de l’homme.
Pour Platon, c’est le Nous : l’âme intellectuelle.
Pour le Zohar, c’est l’intellect actif qui vient d’en haut et fait passer l’acte intellect en puissance.
Pour la Kabbale, c’est l’âme intellectuelle, siège de l’intuition et de la raison.
Ce niveau, relié à la source divine, contient l’étincelle que chacun a reçue à la naissance.
Le terme « souffle de vie » correspond au terme original « Nishmat hayim » : « souffle de vies » . Nishmat est l’état construit de neshama (souffle ou âme) et hayim est le pluriel de haya (vie). Dans la version hébraïque, vie est toujours au pluriel, comme panim (les faces, les visages).
H’ayah חַיָּה
La vivante, est l’âme spirituelle reliant l’esprit humain à la vie universelle en lui faisant prendre conscience de sa place parmi le Tout formé par la création.
Yeh’idah יְהִידָה
Ressentie par de rares initiés, permet à l’esprit humain de fusionner avec Dieu, et d’atteindre le domaine de l’essence divine : l’Aïn-Sof inaccessible aux sens et à l’entendement. Cet état ultime est traduit par un terme crucial de la Bible :
Echad, Tout est Un, en hébreu.
Et ainsi vont les mètres de bibliothèques …
Vous avez le choix…
1https://www.gotquestions.org/Francais/la-signification-de-ruah.html
2Internet : : Lydie 8 août 2022