Au premier siècle, pour une personne juive vivant en Galilée ou à Jérusalem, la recherche de la pureté fait partie de la vie quotidienne.
Le judaïsme du premier siècle est centré autour du Temple de Jérusalem et des fêtes qui s’y déroulent. Une personne se doit de faire trois pèlerinages annuels au Temple pour Pessah (la pâque juive), Shavouot (fête du don de la Torah, 50 jours après la pâque juive) et Sukkot (la fête des cabanes, à l’automne). A l’occasion du pèlerinage, on doit être pur. On ne parle pas ici d’hygiène ou de morale, mais d’un rituel précis qui spécifie les types d’impureté et dans chaque cas comment redevenir pur.
Une personne devenait rituellement impure par un contact avec un mort (le plus grave niveau d’impureté), certaines maladies de peau, les écoulements corporels donc bien entendu les menstruations et par certains aliments ou objets impurs.
On trouve les règles concernant la pureté dans les livres du Lévitique (chapitres 11 – 15) et des Nombres.
Ces règles autour de la pureté ont été établies car le peuple d’Israël se voit comme un peuple mis à part avec une relation privilégiée avec Dieu. Les règles de pureté régissent l’entrée dans le temple, donc la proximité avec Dieu. De manière plus large, elles représentaient une manière de préserver la sainteté du peuple qui est une autre manière en dehors du temple pour maintenir la relation avec Dieu.
Si par malheur on a été contaminé par quelque chose d’impur, il existe tout un processus pour redevenir pur. Le principe général est un temps d’attente plus ou moins long pendant lequel la personne est mise à l’écart de la société ou de la famille, puis on se lave et on lave ses habits et finalement on s’immerge dans un bain rituel appelé mikveh.
Les femmes qui ont leurs règles sont impures. Elles doivent attendre la fin de leurs règles, puis aller au bain rituel (le mikvé). Après le bain rituel, elles redeviennent pures et peuvent de nouveau avoir un contact physique avec leurs proches. Dans une société où les femmes sont rendues impures par leurs règles, les hommes qui ne sont pas de la famille (donc qui ne savent pas quand la femme a ses règles) n’ont aucun contact physique avec une femme, même
Dans les chapitres 13 et 14 du livre du Lévitique, on décrit les différentes maladies de peau et les temps de mise à l’écart et le processus de purification pour chaque cas. Le mot « lépreux » ne signifiait pas forcément ce qu’on entend aujourd’hui par ce terme. C’était un mot utilisé pour la peau, les habits (tissus) et les maisons. Et c’est le prêtre qui devait examiner l’affliction et donner un diagnostic. Il y avait trois possibilités de diagnostic : pur, mis en observation pendant 7 jours (pour voir si le mal s’étend) et impur. La personne déclarée impure devait vivre séparée en portant des vêtements déchirés et en couvrant sa barbe. De plus, elle devait avertir les autres de loin en criant : « Impur, impur ! »
Pour être déclaré pur, le prêtre devait faire le constat de pureté à l’écart de la société. Ensuite la personne se lavait et lavait ses vêtements. Puis il y avait un temps d’attente de sept jours. Le huitième jour on offrait des sacrifices au temple.
Dans la société juive de l’époque de Jésus, il existait plusieurs groupes de personnes pour lesquelles la pureté était très importante. Ils apparaissent dans les histoires bibliques:
Les prêtres (cohanim en hébreu): Les prêtres étaient les descendants d’Aaron, le frère de Moïse. Dans le temple à Jérusalem, ils étaient responsables des sacrifices, de l’encens et des bénédictions. Ce sont eux qui déclarent une personne pure ou impure en ce qui concerne les lésions de la peau.
Les lévites: Ce sont des membres de la tribu de Lévi. Les prêtres appartiennent à la descendance d’Aaron à l’intérieur de cette tribu. Les autres membres de la tribu ne deviennent pas prêtres mais servent au temple comme assistants, gardiens, musiciens et responsables du temple. Les lévites ont un statut sacré, mais inférieur à celui des prêtres. Ils doivent absolument être purs pour pouvoir accéder au temple et donc à leur activité.
Les pharisiens: Groupe religieux et juridique influent du premier siècle de notre ère. Ils insistaient sur l’observance de la Torah et des traditions orales. Contrairement aux prêtres, ils soulignent l’importance de la pureté rituelle dans la vie quotidienne. Sous leur influence, l’obsession pour la pureté rituelle atteint un niveau extrême.
Les maîtres de la Loi: On les appelle aussi: scribes, docteurs de la loi, spécialistes de la Torah. Ce sont les personnes qui copiaient les textes sacrés. Ils enseignaient la Torah et interprétaient les commandements. Ils débattaient des questions juridiques et religieuses. Certains d’entre eux étaient proches des Pharisiens. Leur autorité venait du savoir plus que de la naissance.
Les sadducéens: Ce groupe est lié au temple et à certaines familles dans les familles des prêtres. Ce sont des gens riches et influents à l’époque de Jésus. Ils reconnaissaient surtout la Torah écrite. Mais eux aussi, de par leur lien avec le Temple, soulignent l’importance de la pureté rituelle.
Les personnes dans la société juive qui sont vues comme les plus problématiques en ce qui concerne la pureté sont : les lépreux (maladie de peau contagieuse), les collecteurs d’impôts (qui collaborent de près avec les romains et de fait sont en relation constante avec des non-juifs), et les Samaritains (voir l’article sur les Samaritains)
Jésus et la pureté : Jésus respecte la tradition juive, mais il place l’être humain avant la loi. Il est en lien avec les lépreux, les Samaritains, les femmes. Lorsqu’il guérit les gens, souvent il les touche. Ce geste de toucher une personne malade prend une dimension autre quand on comprend les règles de pureté de l’époque.
Laure Jubran-Cadoux