Anniversaire 80e Camp


Fête

Le jeudi 9 juillet 2026, nous avons vécu la fête d’anniversaire pour le 80ème camp.

Un grand merci aux participant(e)s et à l’équipe d’organisation Christine Pedroli Parisod, Danielle Party, Jack-Eline Tissot, Laurence Berlot, Martine Leplay Fontana, Alain Anderegg, François Fontana.

Livre d’or

Voici le « Livre d’or » avec la question « Qu’est-ce que le camp m’a apporté » ?
Il est composé de petits textes assemblés.

Historique

Historique du Camp biblique œcuménique de Vaumarcus pour le 80ème camp en 2026

Les passages en italique sont tirés du travail de mémoire de théologie universitaire de Laurence Berlot accessible en ligne sur le site du camp dans la rubrique « Pour aller plus loin » puis « Chronologie des thèmes » et cliquer sur « mémoire de théologie ».

http://cbov.ch/wp-content/uploads/2018/01/travail-laurence-berlot.pdf

1943 :

Le camp biblique commence par des rencontres, dans les circonstances bien particulières de la deuxième guerre mondiale. Précédemment a eu lieu un camp biblique en hiver 1941-42 en Savoie avec la théologienne Suzanne de Diétrich pour des étudiants responsables des mouvements de jeunesse. « Ils avaient été saisis par une étude qui les mettaient au travail, mobilisant toutes leurs facultés. Il ne s’agissait plus de lire la Bible pour défendre une idéologie dogmatique ou nourrir sa piété religieuse, mais d’apprendre à cheminer ensemble à travers « l’inextricable forêt » des témoignages bibliques pour y déchiffrer « le dessein de Dieu » pour le monde. Ce qui a plu, dès le départ, c’est la manière d’aborder la Bible qui était faite de façon plus participative. A l’hiver 1942-43, des étudiants français se réfugient à Genève. A leur contact, les étudiants suisses demandent qu’un tel camp se tienne en Suisse. Suzanne de Diétrich et le pasteur théologien Pierre Bonnard vont collaborer pour animer le premier camp biblique francophone suisse pour les différents mouvements de jeunesse. Il a lieu à Vaumarcus, près du lac de Neuchâtel. A cette époque, Pierre Bonnard constatait que le format des conférences pour les jeunes ne fonctionnait plus. Le souci de mettre le texte biblique à la portée des étudiants d’une façon pédagogique et proche de leur existence était très nouveau. C’est ce qu’il fera au camp biblique. Pierre Bonnard restera 10 ans dans l’animation des camps. En 1943, il y a environ 40 jeunes adultes entre 17 et 25 ans.

Lieu du camp : la colline de Vaumarcus

En 1915, les UCJG (union chrétienne de jeunes gens, équivalent au YMCE mondial) ont investi le village de Vaumarcus puis ont installé des baraquements et des aménagements successifs sur le lieu que nous connaissons. On appellera le « grand camp », celui des jeunes gens. Des théologiens renommés viennent donner des conférences. La vie communautaire est renforcée par d’autres activités comme la vaisselle ou le sport. D’autres camps vont suivre : en 1920 : celui des Jeunes filles ; 1924 : le camp Junior ; 1929 : celui des Educateurs ; 1932 : des Educatrices ; 1943 : le camp Biblique ; 1951 : celui des Femmes protestantes, pour ne citer que les principaux. Le camp biblique a été créé, entre autres, pour former les animateurs qui encadraient ces camps-là. C’est une époque dans l’histoire où ce genre de mouvement avait un grand succès, la communauté a été pour quelques générations vraiment stimulante et porteuse d’une richesse de foi.

Objectif du camp biblique

En 1945 cet objectif est décrit en 4 points :

  • affermir et préserver certains éléments de la foi chrétienne
  • étudier la Bible, apprendre à la connaître et à l’aimer (méthode)
  • écouter, prier Dieu dans les cultes journaliers, très simples
  • vivre enfin une vie saine et joyeuse dans une vraie communauté où la joie est pleine et exubérante.

Les journées sont structurées avec une étude biblique et un catéchisme : l’un est participatif, l’autre est un enseignement. C’est une période où la Bible est redécouverte, où les textes sont travaillés dans une certaine mise à distance pour être capable de découvrir ce qu’ils veulent dire, et non pas ce que nous voulons leur faire dire. Les témoignages sont nombreux sur la richesse qu’apporte la vie communautaire. Les personnes sont là pour participer à la réflexion proposée par l’équipe de préparation, mais elles vivent aussi ensemble les repas, les vaisselles, les coups de fatigue, les pleurs, les joies, les rires, les jeux, les temps de repos, les soirées, les nuits, le froid, la chaleur, l’orage, le lac, l’odeur du petit matin, les cloches qui rythment la vie qui déroule son fil.

Nouveauté d’un camp mixte

« Le camp biblique fut excellent et les campeurs participent avec zèle aux études présentées. Un système de boite à questions fonctionne avec de bons résultats, la mixité ne pose pas de problème, mais on va se coucher très tard… » écrit un animateur en 1956.

Liturgies et célébrations

Vaumarcus a permis une ouverture à d’autres manières de célébrer. Elles sont en lien avec la réflexion du camp : « La liturgie changeait en fonction de ce qu’il se faisait dans le groupe ,» la créativité se développe pour inventer de nouveaux textes liturgiques, des répons en lien avec le thème. A cette époque on descendait une fois dans la semaine, le jeudi en fin d’après-midi, dans la paroisse du village d’à côté, pour participer à la sainte cène dans une église protestante extérieure au camp afin de signifier sa place dans l’Eglise.

Des temps joyeux et festifs

« Trop de gens s’imaginent qu’être chrétien c’est être triste et morose. Ceux qui ont participé aux soirées récréatives du camp ne pourront jamais l’admettre. »

« Nous avions besoin que les professeurs se mettent au niveau des étudiants : « laïus, Bonnard !! » criait-on pendant le repas. Il monte en chaire pour raconter une blague. Mais Martin Achard ne réagissait pas les premiers jours. Alors les étudiants ont pris sa 2 CV et l’ont mis dans la fontaine, il l’a très mal pris ! »

1972 : Tournant œcuménique

Depuis 1943, le camp était protestant. Avec le concile Vatican 2 en 1963, la dynamique pour une unité visible a conduit progressivement les responsables à travailler avec des catholiques et à ouvrir le camp plus largement à une dimension œcuménique. Cette ouverture s’est faite progressivement, en lien avec les autorités catholiques. Une équipe mixte se met en place, 2 protestants et 2 catholiques pour le choix et l’étude des textes bibliques. La Bible apparaît depuis longtemps comme un outil favorable au rapprochement des Eglises. Cela correspond à l’époque de la Traduction œcuménique de la Bible, la TOB qui est la traduction choisie pour nos camps aujourd’hui. En 1972, le premier camp œcuménique a comme thème Jean 18 et 19 avec la réflexion : « Qui est Jésus-Christ ? » Ce sujet qui centre la réflexion sur l’essentiel de la foi chrétienne n’a sans doute pas été choisi par hasard pour le premier camp œcuménique : « permettre à de jeunes chrétiens, catholiques et protestants, de s’engager dans une lecture rigoureuse et communautaire de la Bible ». Mais un autre tournant important arrive juste après et va nuire à ce développement au sein du camp. En effet, avec mai 68, les apports des sciences humaines vont modifier en profondeur la manière d’aborder le texte. L’autorité des théologiens est remise en question. Les méthodes actives permettent le développement de l’animation biblique où l’animateur n’est plus le « savant » mais permet au groupe de trouver ensemble le sens. Pour les catholiques, c’est encore une évolution un peu trop rapide. Il y a eu néanmoins un effort continuel de garder un équilibre dans l’équipe entre protestants et catholiques. Mais à l’heure de ce 80ème camp nous rencontrons des difficultés à pérenniser la présence des prêtres au sein du camp.

Les célébrations dans l’œcuménisme

Dans ce tournant œcuménique, la sainte cène à l’extérieur du camp avait cessé, mais la célébration de la sainte cène ou de l’eucharistie ne pouvait pas se faire ensemble. Des moments de créativité ont tenté de faire leur chemin. Mais cet empêchement était d’autant plus douloureux que la communion entre les campeurs était réelle dans le travail biblique. Le camp a connu plusieurs moments de crises dans ce domaine, allant jusqu’à susciter parfois des réactions officielles de l’Eglise catholique. Les efforts n’ont pas été ménagés pour réfléchir sur la question, car l’équipe d’animation du camp était préoccupée d’être en ordre avec la hiérarchie catholique. La tentative a été faite dans un premier temps de rassembler l’équipe sur une position commune. Ensuite, il y a eu de nombreuses négociations, en particulier avec l’évêque responsable du diocèse, pour essayer de vivre en accord avec la position de l’église catholique, cette dernière ne voyant pas d’un très bon œil ce lieu ouvert à toutes les expériences. La solution, qui a été trouvée au fil du temps, est de vivre des célébrations avec eucharistie ou sainte cène en pratiquant l’hospitalité eucharistique, dans des célébrations œcuméniques parfois présidées avec deux célébrants de chaque Eglise »

Animation biblique

« L’animation biblique a représenté un tournant. Parce qu’avant cela restait un enseignement qui partait des spécialistes pour l’adapter au grand public, les protestants et catholiques avaient là la même manière de travailler l’exégèse. Ensuite on a voulu rééquilibrer la vie et le texte, le côté individuel, la foi personnelle prenait plus d’importance ». Après 1968 émergent des « méthodes actives » pour l’animation biblique : jeu de rôle, jeu de confrontation, psychodrame, jeu théâtral, danse, expression corporelle, création de marionnettes, création de films vidéo, écriture, poésie, musique, peinture, photolangage… Ces méthodes concernent le travail de groupe, dans une dynamique interactive et veillent à prendre en compte la globalité de la personne. Elles mettent en jeu le plus grand nombre de ses facultés artistique, imaginative, mais aussi rationnelle et intellectuelle. Dans cette démarche, on est rarement assis à une table, plus souvent en cercle, et dans de nombreux cas, on est « actif » de façon visible, d’où la dénomination de « méthodes actives ». Cela a nécessité de former les animateurs. Entre 1975 et 1982 la formation proposée durait 4 jours dans l’année. Cette nouvelle manière d’animer a modifié la structure du camp en 1974 : des ateliers ont été proposés et chacun pouvait s’inscrire à l’un d’eux pour toute la semaine. Cette structure a continué jusqu’à aujourd’hui. La créativité des ateliers s’est élargie mais le rythme de la journée n’a pas varié beaucoup avec une grande pause en début d’après-midi et des soirée ludiques.

1997 : de la Fédération des animateurs de jeunesse de Suisse Romande à l’association indépendante.

La « Fédé », créée dans les années 70, émanait des Eglises suisses. Elle assurait la partie financière du camp, fournissait des animateurs et attirait les jeunes de 17 à 25 ans, âge ciblé pour le camp. Mais la Fédé a disparu et il a fallu se constituer en association indépendante le 24 mai 1997. Le fonctionnement s’est modifié au fur et à mesure des besoins, car on ne peut plus mettre le camp dans le cahier des charges des pasteurs ou prêtres. Un comité s’est créé autour du ou de la coordinateur/trice. Autre conséquence : il n’y a plus d’animateurs de jeunesse qui amènent des jeunes au camp.

Entre 2003 et 2026 : développement de l’intergénérationnel

Les enfants ont été accueillis dès les années 80 au camp, c’était principalement ceux des animateurs. Et assez rapidement des groupes d’âges se sont formés pour les enfants, les pré-ados et les ados jusqu’à 17 ans. Le camp relève plusieurs défis aujourd’hui, celui d’accueillir tous les âges et celui d’attirer les jeunes à une époque où la vie communautaire ne se « vend » » pas bien. Pendant le Covid, deux camps ont dû être annulés. Et il est difficile de faire revenir les jeunes qui ont vécu ce manque. Le camp a tenu depuis 80 camps, grâce à des passionnés. Les constantes ont été l’étude du texte biblique, la communauté fraternelle et la personne prise dans sa globalité. Citation d’un campeur de 1955 :

« Vaumarcus , c’est ça : un témoignage de Dieu dans le passé qui crée une espérance pour l’avenir »

Continuons !

Laurence Berlot